« Emploi public au Gabon : si l’on repoussait l’entrée, pourquoi ne pas revoir la sortie ? »
Le relèvement de l’âge maximal de recrutement dans la fonction publique à 40 ans marque une évolution importante de la politique de l’emploi au Gabon. Cette mesure pourrait permettre à davantage de citoyens, notamment ceux dont les parcours professionnels ont été retardés, d’accéder aux emplois publics.
Mais cette réforme soulève également une interrogation : si l’on élargit la porte d’entrée dans la fonction publique, ne faudrait-il pas également s’interroger sur l’âge de départ à la retraite, aujourd’hui fixé à 62 ans ?
Le Gabon est un pays dont la population est majoritairement jeune. Pourtant, le chômage continue de toucher fortement cette catégorie de la population. Selon les données de la Banque mondiale, plus d’un jeune sur trois âgé de 15 à 24 ans est sans emploi, soit un taux avoisinant les 37 %. Cette réalité alimente les difficultés d’insertion professionnelle et fragilise les perspectives économiques de nombreux diplômés.
À cette situation s’ajoute une autre préoccupation : l’instabilité de l’emploi. Dans le secteur privé comme dans certains projets temporaires, les contrats de courte durée, les licenciements économiques et les périodes prolongées de recherche d’emploi rendent les carrières plus incertaines. Même lorsque la croissance économique progresse, les créations d’emplois demeurent insuffisantes pour absorber l’arrivée de nouveaux actifs sur le marché du travail.
Dans ce contexte, certains pourraient légitimement se demander si une réflexion sur l’âge de départ à la retraite ne mériterait pas d’être engagée. Une hypothèse parfois évoquée serait d’abaisser progressivement cet âge, par exemple à 50 ans, afin d’accélérer le renouvellement des effectifs et de créer davantage d’opportunités pour les jeunes générations.
Une telle orientation soulèverait naturellement de nombreuses questions. Le système de retraite pourrait-il supporter une telle évolution ? Les finances publiques seraient-elles en mesure d’en absorber le coût ? Quels mécanismes permettraient de préserver les droits des travailleurs tout en favorisant l’emploi des jeunes ?
Le débat dépasse donc la simple question de l’âge. Il renvoie à un choix de société : comment trouver un équilibre entre l’expérience des agents en fin de carrière et l’impératif d’offrir des perspectives professionnelles à une jeunesse nombreuse, qualifiée et en attente d’opportunités ?
Le relèvement de l’âge de recrutement à 40 ans constitue peut-être une première étape. La réflexion sur la retraite, si elle devait un jour être ouverte, gagnerait à s’appuyer sur des études économiques, démographiques et sociales approfondies afin de concilier justice sociale, soutenabilité financière et lutte contre le chômage des jeunes.
Fred KOUMBA






